Objet du mois - Yves Gobart
Novembre 2026
Yves Gobart. Habiter le paysage
Yves Gobart
Montauban, 1973
Home sweet Home (série “Shelters”), 2014
Huile sur toile – 131 x 195,5 cm
Inv. BA.AMC.05b.2015.003349
Yves Gobart est un peintre français, diplômé de l'École nationale supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d'Art Olivier de Serres (ENSAAMA, Paris), puis de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, où il suit l'enseignement de Vincent Bioulès, Jean-Michel Alberola et Vladimir Velickovic. Il obtient le Diplôme national supérieur d'arts plastiques (DNSAP) en 1999. Sa pratique artistique se déploie essentiellement à travers le dessin et la peinture à l'huile.
D'abord dessinateur, il développe une pratique picturale fondée sur l'observation et le travail sur le motif. Ses nombreuses résidences d'artistes, notamment à La Métive, Chamalot et Shakers, constituent des étapes déterminantes dans l'évolution de son œuvre. Héritée de l'enseignement de Vincent Bioulès, sa méthode repose sur la réalisation de pochades exécutées sur le vif, qui servent ensuite de point de départ à des compositions élaborées en atelier.
À partir de 2014, il développe la série Shelters, consacrée aux refuges précaires construits dans les forêts, les friches ou les périphéries urbaines. Si cette série trouve son origine dans l'observation de situations de grande précarité, elle dépasse rapidement la dimension documentaire pour interroger les relations entre paysage, architecture vernaculaire et présence humaine. Les bâches plastiques, leurs transparences, leurs plis et leurs jeux de lumière deviennent de véritables objets de peinture, tandis que ces constructions éphémères instaurent une tension permanente entre ce qui est montré et ce qui demeure caché. Parallèlement, Yves Gobart développe d'autres ensembles picturaux, réunis sous les titres Ghosts, Donkeys, Go West !!!, Landscapes et Accidents.
Home Sweet Home, réalisé dans le cadre de la série Shelters, détourne avec une ironie subtile une expression évoquant le confort et l'intimité. Le « chez-soi » prend ici la forme d'un refuge de fortune construit de bâches plastiques et de branches au cœur d'une forêt. La composition s'organise autour de cet abri central, dont la silhouette triangulaire contraste avec la verticalité rythmée des troncs. Une palette dominée par des verts profonds, des bruns sombres et des tonalités chaudes de rouge et d'ocre instaure une atmosphère silencieuse et légèrement inquiétante, tandis que les bleus et les gris des bâches captent la lumière et structurent le regard. Les plis, les transparences et les reflets du plastique renouvellent l'exercice traditionnel du drapé dans un matériau contemporain. Dissimulé derrière cette enveloppe fragile, l'habitant demeure invisible, laissant au spectateur le soin d'imaginer ce qui se joue au-delà de la surface. Entre protection et vulnérabilité, l'œuvre fait du refuge un motif universel, où le paysage devient le théâtre silencieux de la condition humaine.
Parallèlement, Yves Gobart poursuit une recherche plus introspective autour de la peinture elle-même à travers une série de petits formats représentant des tubes de couleur. Réalisées quotidiennement, ces œuvres interrogent les fondements mêmes de l'acte de peindre : comment rendre visible une couleur en utilisant précisément la matière qu'elle contient ? Cette réflexion sur les rapports entre représentation, matière et couleur a notamment été présentée lors de l'exposition Encore & Encore / Keer op Keer à la Maison des Arts de Schaerbeek en 2024.
L'œuvre d'Yves Gobart témoigne d'un intérêt constant pour le paysage comme espace de mémoire et de projection. Qu'il représente une forêt, un refuge improvisé, un tube de peinture ou l'un des motifs développés dans ses différentes séries, chacun de ses sujets devient le prétexte à une réflexion sur le regard, la présence et les possibilités de la peinture contemporaine. Installé à Bruxelles depuis 2018, il poursuit une pratique qui conjugue observation du réel, exigence technique et interrogation permanente sur les moyens de la peinture.
Christophe Remacle
Conservateur-restaurateur / Musées de la Ville de Liège